Cycle court, court-circuit
Instant suspendu pour les un.e.s, lieu d’attente, d’évasion ou de refuge pour les autres, les laveries de quartier voient se croiser des anonymes qui traversent cette parenthèse de l’ordinaire avec leur routine d’isolement. Dans ces espaces à la fois publics et intimes, chacun.e reste en effet dans une bulle que ni les tambours qui vrombissent, ni le linge qui claque, ne semble perturber.
Ce temps mort, David en profite pour envoyer des photos de ses enfants à ses proches, alors que Cécile s’allonge sur les machines pour bouquiner, comme lorsqu’elle était étudiante. Audrey, elle, peaufine ses dessins, non loin des affaires que Boris récupérera le soir-même, juste avant la fermeture. Pour Josy, la laverie, c’est l’occasion de « faire un petit sieston » bien surveillée par Galoche, son chihuahua, et par Abel, son neveu, qui enchaîne les cigarettes à l’extérieur. Armée de son bidon de lessive – « du bio, j’y tiens ! », Sophie descend généralement à la laverie le dimanche matin, pour être tranquille. « Il m’arrive de faire la manche ou d’aller aux Restos du Cœur. Donc le linge, c’est une à deux fois par mois, pas plus ».
Cette série photographique réalisée entre Paris et Marseille durant l’été 2026 dans le cadre d’une formation suivie à Gobelins Paris, explore la façon dont ces lieux de proximité que sont les laveries deviennent paradoxalement le théâtre d’une solitude partagée : des corps à priori réunis par une même nécessité, mais dont les trajectoires, les attentions et les mondes intérieurs se croisent. Sans presque jamais se rencontrer.
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